Pratiquer du sport en entreprise augmente la productivité des salariés

La méthode d’Ibrahima Keita au sein de la clinique de Bazincourt a permis d’apaiser les tensions sociales et de relancer un esprit d’équipe disparu.

« Cette salle, elle a une âme. Ce groupe, il a du cœur », assure Laurent Brenguier, brancardier de la clinique de Bazincourt (Yvelines) et assistant-coach du consultant Ibrahima Keita. Il faut dire qu’à voir les souffles haletants, les grimaces en travers des visages et les cheveux collés aux fronts par la sueur le personnel de l’établissement peut être fier de lui. En effet, depuis plus de six mois, Ibrahima Keita donne des cours de sport aux salariés de la clinique – tous les mardis et jeudis –, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les résultats sont largement à la hauteur de ses espérances : « Tout le monde se donne à 120 %, le message et les valeurs que je véhicule sont entendus. Des préceptes que mes élèves sont amenés à reproduire dans leur vie de tous les jours, notamment dans leur travail. Parfois, face aux efforts que je demande, certains participants craquent et quittent la salle pour s’isoler. Je les rejoins, ils se confient, se lâchent. Les écouter fait également partie de mon rôle. Je les soutiens et ils en redemandent ! Chaque séance leur sert de défouloir et, à la fin, ils se sentent forts, apaisés et surtout plus productifs. »

La séance du jour illustre parfaitement cet état d’esprit. Quand l’heure de la fin approche, que le temps de la relaxation, des étirements et de la méditation est venu, que le silence se répand comme la buée sur les vitres de cette ancienne laverie transformée en salle de sport de 80 mètres carrés, certaines larmes peinent à sécher et se mêlent aux gouttes de sueur. Et pourtant, par une étrange magie propre aux cours d’Ibrahima Keita – que tout le monde surnomme ici IB (à prononcer Ibé) –, le plaisir de travailler ensemble a refait surface autour de la clinique de Bazincourt (Groupe LNA Santé).

 

Faire du sport ensemble, c’est mieux bosser ensemble. 

« Il faut dire la vérité. Avant, chacun restait avec ses semblables : les kinés avec les kinés, les médecins avec les médecins, les infirmiers avec les infirmiers, etc. Depuis que les cours d’IB existent, il y a un réel esprit de famille qui s’est développé. S’entraîner ensemble fait qu’en dehors des séances on discute, on boit des cafés ensemble, on apprend à se connaître. L’ambiance est excellente. C’est un vrai changement », analyse Cyrille, membre du service de maintenance en poste depuis bientôt six ans, ce qui en fait un observateur de premier rang de l’évolution du comportement global des salariés entre eux.

Son constat est plus que logique. En effet, la clinique de Bazincourt, c’est 110 salariés qui interagissent quotidiennement à la manière d’une colonie d’abeilles. À un rythme effréné dicté par les besoins des patients – la reine des abeilles, en quelque sorte –, chaque ouvrière connaît sa mission et s’y attelle sans rechigner. Et, dans la ruche de Bazincourt, certains secteurs constituent de véritables alvéoles qui n’ont donc pas du tout vocation à se rencontrer. Médecins, service de maintenance, équipe d’entretien, équipes administratives, aides-soignantes, infirmiers, service social, kinés, ergothérapeutes, orthophonistes et autres rééducateurs se côtoient, partagent les mêmes murs et les mêmes patients parfois même sans se dire bonjour. Avec ses cours, IB a fracturé ces barrières invisibles. « Ça a permis de casser les clans. Tu découvres une autre personne que ton simple collègue. Tu t’ouvres, tu crées des affinités. Faire du sport ensemble, finalement, c’est mieux bosser ensemble », confie Aurélie, 26 ans et kinésithérapeute au sein de l’établissement. Un sentiment corroboré par les assises européennes « Sport et Entreprises » organisées en 2015 par le Medef, le Cnosf, AG2R La Mondiale et le cabinet Goodwill Management, selon lesquelles « le sport en entreprise permettrait d’obtenir des gains d’efficacité et de productivité estimés entre 6 et 9 % ».

Un outil de ressources humaines

La preuve que Sandrine Colin-Ducreau, la directrice de la clinique, a eu raison de donner le feu vert à IB et à Thierry Pruneyre, délégué syndical en poste à Bazincourt depuis 2000, en juin dernier, au moment de la négociation annuelle obligatoire (NAO) : « Ils nous ont demandé de récupérer l’ancienne laverie de l’établissement pour y installer leur salle. C’était leur idée et je l’ai rendue possible. Ensuite, ils se sont occupés de tout, tout seuls. » En effet, travaux, aménagement, tout est géré par Thierry et IB, qui sollicitent leurs réseaux respectifs. Et, à l’arrivée, tout le monde y trouve son compte : la clinique n’a rien eu à débourser et les salariés n’ont rien à payer pour bénéficier des cours.

Utiliser le sport comme outil de ressources humaines et sortir de la sempiternelle « guéguerre » direction-syndicat, elle est là, la réelle trouvaille de la clinique de Bazincourt. Une association tripartite dont les grands gagnants sont les salariés de l’établissement. « Cela peut paraître bête, mais cinquante minutes de sport, cela permet de régler 50 % des problèmes en interne, insiste Thierry Pruneyre. Certains avaient des soucis dans leur travail et envisageaient de quitter l’établissement il y a quelques mois. Depuis que ces cours existent, le climat social s’est apaisé et ces velléités de départ ont disparu aussi vite que les courbatures sont apparues ! Avec IB et la directrice, nous avons juste essayé de faire les choses en bonne intelligence, pour le bien de tous. » Et la direction s’en félicite. « Le résultat sur les salariés est incontestable. Le sport apaise les tensions sociales et, dans ce melting-pot qu’est notre établissement, c’est un excellent vecteur de rapprochement. Il renforce la notion d’équipe que nous nous devons d’avoir », signale Sandrine Colin-Ducreau.

Par Marc Fayad, publié le 12/01/17 sur lepoint.fr